Vendredi 13 novembre 2009
Dans les ateliers d'écriture, cela s'appelle un inducteur...
On propose aux participants une image, un son, une saveur, ce que l'on veut,
et chacun écrit à partir de là le texte que cette proposition lui suggère,
qui peut n'avoir aucune relation immédiate avec elle...
Pas d'importance si l'on n'appelle pas un chat un chat,
mais qu'on le nomme casserole, ou parapluie...
C'est l'inconscient seul qui déclenche l'écriture,
le hors sujet n'existe pas,
et ça donne toujours des résultats très inattendus, et intéressants...
Si l'occasion se présente pour vous, n'hésitez pas, prenez votre stylo, essayez...
L'amour en cage photographié par André, c'est mon inducteur de ce matin...
Je dois en un premier temps adresser un grand merci à son auteur de m'avoir permis de chaparder la photo sur son blog (http://detoutarien.blogspot.com/) ...
J'aime beaucoup la délicatesse et la précision avec lesquelles il sait observer la vie menue de son jardin
à travers l'objectif de son appareil photo:
La grâce pataude d'une abeille toute enfarinée de pollen, se saoûlant au coeur sucré d'une fleur...
Un dahlia ébouriffé par un orage...
Ce matin un amour dans sa cage de dentelle d'automne...
Et l'inducteur est entré en action:
A partir du nom "amour en cage"
je suis passée dans ma tête à "L'amour en fuite", le film de François Truffaut,
j'ai alors surffé sur la "nouvelle vague",
et je suis naturellement enfin arrivée à Henri Langlois,
et à la Cinémathèque du Palais de Chaillot...
Ca paraît tarabiscoté comme démarche, mais pas tant que ça:
Sans l'amour en cage du jardin d'André je n'aurais sans doute pas pensé à écrire quelques mots ce matin sur cet autre amour...
En des temps anciens, -c'était le temps où le billet d'entrée coûtait 5 francs+ 1 centime symbolique, destiné à je ne sais plus quel financement-
j'ai assidûment fréquenté la Cinémathèque du Palais de Chaillot le dimanche après-midi.
J'arrivais toujours en avance, par précaution, -la salle était toute petite, et la queue fort longue-,
mais aussi pour le charme des petits jardins du Trocadéro avec vue plongeante sur la Tour Eiffel,
et pour le plaisir de croiser Henri Langlois, lourdement installé sur une banquette en cuir dans le hall,
en face de la grande affiche de "Lola Montès"...
C'est ici que j'ai découvert, émerveillée,
Truffaut et ses "Baisers volés",
Rohmer et sa "Marquise d'O",
Godard et son "Pierrot le fou",
et autres farandoles de films somptueux, alors inconnus du public français,
dénichés au bout du monde par les recherches passionnées de Langlois...
.
Je suis venue manifester avec tous lorsqu'un ministre de la culture imbécile a voulu congédier Langlois, au prétexte... qu'il était désordonné!!!...
Cette extravagance a été suivie de protestations venues des plus grands du cinéma mondial,
et le petit fonctionnaire étriqué est rentré dans sa minable coquille,
et le vaste Langlois est resté dans son poste...
Le petit amour en cage du jardin d'André m'a fait cadeau ce matin de ces beaux souvenirs...
Merci!
Par Transports d'usagée
-
Publié dans : culture
1
-
Recommander
Mercredi 11 novembre 2009
A l'heure où j'écris, il y a une soixantaine d'années, j'étais en train de boire -comme aujourd'hui-
mon bol de café au lait avant de me préparer pour aller à l'école.
Car le matin du 11 Novembre nous y avions rendez-vous, dans la cour, au milieu de la matinée,
pour nous rendre, en rangs silencieux, au monument aux morts.
Dehors il faisait toujours gris, humide, froid... Comme ce matin...
J'avais mis mes chaussettes blanches en laine de pays,
celles qui grattaient mais qui tenaient chaud aux pieds,
et puis le manteau du dimanche, avec le cache-nez de laine...
Dans ma mémoire, assister à cette cérémonie, même si elle m'obligeait à me tirer de mon lit chaud,
c'était un peu me faire honneur:
On me considérait comme assez grande pour participer au rituel républicain...
On me supposait assez mûre pour en comprendre le sens...
Autour du monument aux morts les groupes d'enfants faisaient comme une couronne de jeunesse et d'espoir...
Côte à côte les filles de la laïque et de l'école libre, avec leurs institutrices, en civil ou en robe de religieuse...
Pareil pour les garçons, encadrés par des hommes en costume de ville ou en soutane.
En face d'eux les corps de représentation des adultes:
Le conseil municipal au grand complet, les sapeurs-pompiers, la fanfare,
les représentants des anciens combattants, de la première et de la seconde guerre mondiale...
Les drapeaux...
Tout le monde connaissait tout le monde...
Tous les noms inscrits sur le monument aux morts évoquaient pour nous tel parent, tel ami, tel voisin...
Les hommes assis sur les fauteuils roulants, les "gueules cassées" avec leurs visages d'épouvante,
ce n'était pas simplement pour nous des histoires sanglantes ...
Nous connaissions la réalité quotidienne de leurs blessures...
Comment ne pas être alors profondément touchés lorsque la sonnerie aux morts retentissait...
Suivie de "La Marseillaise"...
Ce qui avait fondé notre sentiment d'identité nationale, c'était le sang de nos pères, de nos grands-pères, de nos amis, de nos voisins...
Ce n'était pas le matraquage imbécile, une fois par an, de la lettre de Guy Moquet, ou de l'hymne national...

Les enfants des écoles d'aujourd'hui ne sont pas ceux que nous étions,
ils ne portent plus de chaussettes en laine de pays qui gratte,
leur histoire s'est chargée d'autres références,
leur sentiment d'appartenance trouve ses racines ailleurs,
à nous d'avoir l'amour et la sagesse de les découvrir, et de les ériger en symboles...
Les jardiniers savent bien éliminer les racines mortes, pour permettre aux jeunes pousses de s'épanouir...
Par Transports d'usagée
-
Publié dans : souvenirs
0
-
Recommander